mercredi 14 octobre 2009

Obama au pays des Bisounours



Lorsque j’ai appris le choix de Barack Obama par le comité Nobel la semaine dernière, ma première réaction fut l’indignation (même si j'apprécie globalement les idées et surtout le style Obama). Finalement je me dis que peut-être ce jury a de l’humour et même du second degré. N’oublions pas que le prix Nobel de la paix aurait été suggéré à Alfred Nobel pour réparer « le mal qu’il avait causé avec la dynamite » dont il était l’inventeur. En décernant dès le début de son mandat le prix Nobel de la paix à Obama, c’est peut-être une sorte de vaccin contre la violence (ou en tout cas contre un revirement de ses opinions) que nos amis d’Oslo ont cherché à lui inoculer.
Barack Obama a en effet dû se retrouver fort embarrassé de recevoir une telle distinction à son réveil. Il a vite dû se rendre compte qu’il aurait bien du mal à décliner ce prix compte tenu de sa popularité et de l’espoir qu’il représente pour une grande partie de la population mondiale. Ses filles ne lui auraient pas non plus jamais pardonné de renvoyer cette cargaison de bisounours arrivés tout droit de Scandinavie, le pays du Père Noël. Leur papa adoré allait de plus devenir du jour au lendemain, l’« homme le plus gentil du monde », ce n’est pas rien pour un papa.
Barack va donc traîner pendant 3 ans (et peut-être plus) cette image de bisounours. J’imagine que lorsqu’il aura besoin d’intervenir militairement, nous allons assister à de sublimes inventions d’oxymores ou autres euphémismes de bienséances. Après la guerre propre, la pacification, les conflits armés, les frappes chirurgicales ou les dommages collatéraux, que va-t-on nous inventer ? La guerre bienveillante, les attaques douces, les boucliers anti-méchants, la bombe qui fait pas mal, l’obus fleuri, l’opération arc-en-ciel ? Ca ne va pas être simple pour lui d’être convaincant, car un bisounours déguisé en soldat, ça ne fait pas très peur et c’est surtout ridicule.
Peut-être que finalement après cela nous assisterons à la fin de la guerre (Fukuyama nous avait bien prédit la fin de l’histoire), tellement ce concept est rétrograde. « So Second Millenium » comme diraient nos amis british. Cela va être en tout cas intéressant de suivre l’impact de cette distinction sur le discours et l’attitude des Etats-Unis sur la scène internationale. D’ailleurs, Obama devra aller chercher son prix à Oslo le 10 décembre (date anniversaire de la mort d’Alfred Nobel) en plein milieu du Sommet de l’ONU sur le climat qui se déroulera à Copenhague du 7 au 18 décembre. Les Etats-Unis auront donc peut-être du mal à se défiler (comme ils cherchent en ce moment à le faire malgré les belles promesse de l'ami Barack).
En définitive, je me demande presque si ce Prix Nobel ne serait pas un nouveau calunar des Yes Men, eux qui avaient il y a 5 ans si bien piégé Dow Chemicals en proposant d’indemniser les victimes de Bhopal en direct à la BBC. Si vous ne connaissiez pas cette vidéo, délectez-vous, c'est du miel.